Il suffisait d’y penser ! Pendant plus d’un siècle, la production automobile a suivi un processus linéaire : les matériaux arrivaient à l’usine, ils servaient à fabriquer des véhicules, puis ces derniers étaient utilisés jusqu’à leur fin de vie. Toyota a eu l’idée, originale, de créer une structure capable de recycler ce qui peut l’être sur une voiture en « bout de course ». Une usine de recyclage installée à Burnaston en Grande Bretagne, redéfinit aujourd’hui ce modèle grâce à des solutions pratiques prolongeant la durée d’utilisation des matériaux. Pour preuve, la « boucle de l’aluminium » mise en place au Royaume-Uni, où les jantes alliage récupérées servent à la fabrication de nouveaux composants de moteurs. L’usine britannique abrite la première « Toyota Circular Factory », un projet unique en son genre, établissant des méthodes et des normes en vue de la création d’un futur réseau d’installations circulaires en Europe. S’appuyant sur les progrès ainsi réalisés, Toyota inaugurera cette année un deuxième site en Pologne.
Des moteurs installés sur des Corolla neuves
À Burnaston, donc, on récupère l’aluminium de jantes en alliage qui est alors traité et préparé en vue de sa réutilisation, puis fourni à l’usine Toyota de Deeside, où il sert à la fabrication de composants de moteurs. Les groupes propulseurs hybrides ainsi produits rejoignent ensuite Burnaston afin d’être installés sur des Toyota Corolla neuves, fermant ainsi la boucle reliant jantes et moteurs. Le premier véhicule à bénéficier de ce processus circulaire a quitté les lignes d’assemblage le 19 mars dernier, marquant alors une avancée majeure dans la réalisation de l’objectif de Toyota consistant à étendre l’emploi de matériaux et de pièces récupérés, recyclés et réutilisés. Mais cette idée va au-delà de l’optimisation de la récupération de pièces et matériaux provenant de véhicules en fin de vie. Elle évalue comment une approche circulaire pourrait contribuer à l’avenir à accroître l’efficacité de la conception, de la production et de la gestion du cycle de vie des véhicules.
La circularité : un enjeu majeur
L’usine anglaise participe directement à la réalisation d’un projet qui consiste en un ensemble d’objectifs à vocation environnementale, annoncés en 2015 et visant à doter Toyota d’un cadre lui permettant d’atteindre la neutralité carbone pour l’ensemble de ses produits et opérations, et ce, d’ici 2040 en Europe. Elle s’inscrit notamment dans la droite ligne du défi n°5 de cette feuille de route : bâtir des solutions et une société fondées sur le recyclage.
La circularité constitue une approche claire et pratique pour maintenir l’emploi des ressources aussi longtemps que possible, au niveau de valeur le plus élevé qui soit. Concrètement, elle offre l’avantage de réduire la dépendance aux matières premières vierges et de leur utilisation. Elle permet la conception de véhicules dont le démontage, la réparation et la réutilisation sont facilités… elle permet également la récupération des matériaux issus de véhicules en fin de vie et leur réintégration dans le processus de production.
Pourquoi le choix du site Toyota de Burnaston ?
Le site est apparu comme le lieu idéal pour la mise en œuvre du concept d’usine circulaire, dans la mesure où le Royaume-Uni figure parmi les plus grands marchés européens de véhicules en fin de vie. L’Europe comptant très peu de pays à conduite à droite, la plupart des véhicules qui sont vendus sur l’un de ces marchés y restent jusqu’à la fin de leur cycle de vie. Cela a conduit au développement d’un secteur du démontage automobile mature et expérimenté ainsi que d’un réel écosystème d’apprentissage.
Comment ça marche ?
Le site de Burnaston applique un processus par étapes pour la gestion des véhicules en fin de vie, lequel couvre non seulement leur démontage, mais également une analyse des solutions de réintégration des pièces et matériaux récupérés dans le concept de production circulaire. Et cela ne concerne pas uniquement les véhicules Toyota et Lexus : des modèles de diverses marques sont soumis au même traitements. La première étape consiste à déployer les airbags de façon maîtrisée afin de garantir une totale sécurité avant le début du démontage. Tout au long du processus, tous les fluides et gaz sont soigneusement éliminés sous surveillance et conformément aux conditions définies. Puis intervient l’étape du démontage standardisé, effectué par des techniciens dûment formés qui appliquent les méthodes d’assemblage auxquelles ils sont rompus, mais dans un ordre inversé. Les matériaux récupérés sont ensuite triés et classés, les métaux, les plastiques et les éléments mixtes étant soigneusement séparés afin de garantir un traitement aval efficace.
Une possible remise en état
Cela permet d’étudier très tôt les possibilités de réutilisation de ces matériaux et d’identifier rapidement les solutions de réintroduction de ces derniers dans la chaîne de valeur de production. Des enseignements peuvent en outre être tirés concernant le comportement des matériaux, leur durabilité et leur facilité d’accès lors du processus de démontage et de récupération. Outre le démontage de véhicules, le site de Burnaston a également mis en place un processus de remise en état des véhicules visant à étendre leur durée de vie en service de manière sûre et cohérente. Chaque véhicule remis en état est évalué, noté et approuvé selon les normes de Toyota, et ce, grâce à l’expertise reconnue de l’usine en matière de production et de contrôle qualité.



















